Alzhar et ses ateliers : un historique

Alzhar et ses ateliers : un historique

Tout a commencé en 1993, un atelier ouvert à tous vents à France-Télécom Paris, une école d’ingénieurs où étudiait la présidente de la compagnie.

Des nuits et des jours à improviser, à se raconter, à apprendre partout dans tous les stages possibles, et à partager dans ce cercle des acteurs chercheurs enthousiastes, ce que nous glanions ailleurs, et nous découvrir choisissant le théâtre-biographe-témoin-d’une-époque.

Pour ça il allait falloir s’inventer une méthode. La Vie, les autres, la rue, la forêt, les artistes rencontrés, nous l’enseignera pas à pas. Et ce que nous apprendrons, nous l’apprendrons, et cela nous apprendrons, bref, apprendre c’est apprendre à l’autre. Nous voici chasseurs-partageurs-changeurs.

Collèges, lycées, écoles, associations de quartier, notre pratique trouve des alliés partout, grâce à des êtres humains assez aventureux pour tenter un autre théâtre avec nous et leurs structures.

Il y a de grands bonheurs, de grands moments publics, cela traverse nos spectacles, amateurs et professionnels sont en dialogue sur les mêmes plateaux et disent le monde chacun à leur façon.

« Corps et Armes », on y parle de choix.

« Intervalles entre Deux », on y parle d’amour.

« Soucis de Sorcier », on y parle de voyages et d’histoires.

Puis nous nous embarquons dans un travail sur le secret, où chacun se livre et les spectacles s’écrivent ensemble.

Puis nous mettons en œuvre une « traversée des monuments» textes du répertoire dits par tous, amateurs et professionnels du théâtre, vers des questions communes.

Puis s’ouvre le grand chemin avec les enfants, nous en faisons pleins, et heureux, faisons des spectacles pour eux. Comment faire ? Longs et à leur écoute, des ateliers avec des enfants de partout et d’ailleurs, les mercredis, les samedis, les vacances, nous les écoutons, ils jouent, nous écrivons avec et pour eux, nous recommençons, ils jouent, rejouent, nous apprennent ce qu’ils aiment au théâtre, et apprennent là à faire du théâtre. La maison de quartier La Mareschale (http://www.lamareschale.org) à Aix nous attrape au vol, nous adorons y donner des ateliers où nous convoquons toute étrangeté possible.

Puis vint une crise économique hors contrôle, et nos spectacles faits de cette dureté, « Mots Roses », et des ateliers au 3bisf (http://www.3bisf.com) à Aix, avec et pour des personnes hospitalisés en hôpital psychiatrique ;

« Zinzins », « sables et flocons, lointains », dans la même lignée.

Des institutrices, des directeurs d’écoles, des directeurs de collège, des gens, des artistes, des tous, s’y écrivent, et là s’écrit une version du monde.

Puis vint la décision de quitter définitivement ce pays où nous étions nés pour la plupart, et dont la folie ne nous convenait pas. Voyages partagés, ateliers, partages avec des étudiants, des gens au chômage, des gens en rupture, Londres, Berlin, Sousse, Tunis, ateliers dans les universités, les écoles d’art, les théâtres, les gymnases, les galeries d’art, les maisons de la poésie, les scènes de partout. Toujours tenter de laisser libre les imaginaires, les regarder se déployer, tenter de construire, observer le groupe de travail se construire également, observer la confiance, l’amitié s’installer, le jeu, la joie, le théâtre.

Puis survint la décision de tout remettre en cause et à plat… ce fut « Des Idéaux », Et Richard Martin à Marseille nous proposa de prendre d’assaut un été et un hiver son plateau…

Puis Jonathan Sutton nous a aidé à développer notre projet d’art en tous. Ce fut des mois de travail avec Gardens (http://www.lacitedesartsdelarue.net/spip.php?article18&image=18)…

L’aventure de « Dans La Solitude des Champs de Coton » allait nous habituer à être public. Le spectacle s’est construit entre Tunis et Marseille, ateliers, écoutes, écritures, réécritures, nous avons pris goût à ce grand écart nécessaire. Heykel Mani, tunisien, allait devenir acteur et incontournable de toute notre multiple et étendue équipe.

Puis vint le temps des alliances, Caroline Caccavale et José Césarini nous ont donné à entendre la prison et le cinéma, ce fut deux œuvres collectives faîtes avec eux en prison. Enfin La famille Chrétien-Goni au complet, théâtre Le Vent Se Lève  (http://www.leventseleve.com/) nous incita à croire en l’association d’affaires multiples dans cet élan d’art fait ensemble, artistes, chercheurs, et qui est là…

Ainsi, en 2009-2010-2011, nous entrons notamment dans un projet de partage européen soutenu par le dispositif européen Grundtvig, pour une formation tout au long de la vie, un projet d'éducation non formelle intitulé «Education, Théatre, Arts Visuels». : ALZHAR et Lieux Fictifs (http://www.lieuxfictifs.org/) en France, E.S.T.I.A associazione culturale en Italie, Unter Wasser Fliegen en Allemagne, TRANSformas Teatro Social y Teatro del Oprimido en Espagne, tous nous travaillons et partageons nos expériences et savoirs-faire sur un projet de formation et création théâtre-cinéma avec des personnes détenues. Nous intervenons alors à la prison des Baumettes de Marseille, à la prison de Bollate près de Milan, à la prison de Barcelone, à la prison de Wupperthal.

Un projet qui fait partie d'un projet européen intitulé « Frontières » sélectionné par Marseille-Provence 2013. Ce programme avait pour objectif la réalisation d'oeuvres qui croisent le théâtre et les arts visuels avec des apprenants, détenus et jeunes adultes en situation d'exclusion. L'organisation de workshops d'échanges de pratiques et de réflexions ont permis aux groupes d'apprenants de chaque pays de se confronter aux travaux des autres structures et de participer non pas à une, mais à quatre oeuvres différentes. De plus, ces échanges ont favorisé l'instauration d'un dialogue entre le dedans (avec les détenus) et le dehors (avec les jeunes adultes en situation d'exclusion). Ces approches différentes ont enrichis un apprentissage déjà pluridisciplinaire. Ces travaux portent en eux le regard et le travail de ces groupes d'apprenants: ces créations sont donc des oeuvres transnationales européennes.

Nous voici à présent avec et pour Camus, partout où l’on peut en méditerranée, travail engagé avec Marseille capitale Européenne de la Culture 2013, nous laisserons se dire, sur les théâtres qui nous accueillent, tout, de tous.