Premiers temps D’APRÈS ...

Je ne crois pas qu'il faille tout continuer comme si "de rien n'était" comme disent les enfants.
 
Je ne crois pas que tout le monde puisse aller  "au spectacle et au stade", parce que je sais que la plupart des gens que je vois dans ma vie et mes ateliers n'ont pas du tout assez d'argent pour cela, et que cela peut aussi rendre fou.
 
Je ne crois pas qu'il y ait des "cowboys et des indiens", je crois que la violence est là depuis longtemps, différente ça et là. forte et à éteindre ça et là.
 
Je ne crois pas que la mise en scène suffise à apaiser. Je crois que les mots calment et permettent de survivre, et merci à eux et à ceux qui les donnent, mais que la mise en scène doit avouer ses imperfections pour laisser la place aux hommes qui la regardent.
 
Je crois que le silence est à garder longtemps présent lorsqu'il a eu lieu. Et il a eu lieu.
 
Je crois que je fais partie de ceux qui doivent se demander comment parler aux enfants, et aux jeunes gens, qui sont aujourd'hui dans une souffrance terrible, affreusement à vif, tous.
 
Je crois que je fais partie de ceux qui ne trouvent plus utile de "sortir et d'aller en terrasse", parce qu'il y a d'autres urgences, tellement urgentes, tellement profondes, plaies infinies, à penser et panser enfin avant qu'elles ne nous giclent encore au visage.
 
Je ne crois pas qu'un ministre soit crédible quand le corps de métier qu'il représente est payé comme un esclave, ou juste un peu au dessus pour éteindre sa révolte. 
 
Je crois que je fais partie de ceux qui vont tenter de ne pas être ni sourd ni enfermé, malgré tout, et vont tenter de faire que les paroles circulent encore dans notre société malade, étouffée et si blessée.
 
Je crois que je fais partie de ceux qui vont tenter de sortir de l'image, et des mots-images, pour retrouver à chaque instant, infiniment et infimement, un sens collectif, et des sens collectifs, discrètement, humblement, pour préserver ce qui est possiblement vrai et fort encore, parmi nous, les hommes et les femmes d'ici et là.
 
Je crois que nous sommes très nombreux à ne pouvoir plus qu'avoir de la peine, et pour tous les en peines, enfants, jeunes gens, femmes et hommes, mendiants et travailleurs, présidents, penseurs perdus, ministres, anciens, ancêtres, et que nous ne pouvons que, à présent, laisser cette peine nous ouvrir d'autres portes de pensées et d'actions, d'autres voies, nouvelles, adéquates, et qui, peut-être nous aideront à créer ensemble un monde juste et sensé.
 
CELUI DE SANS ET CELUI D'APRES

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